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07.05.2008

Débat Turquie

1299257655.jpg Dans les commentaires sur l'article concernant l'islamophobie, un commentaire d'un internaute proche des mouvements décrits et qui s'en pose comme défenseur, ce qui est son droit, il est question de la Turquie et de son entrée dans l'Union Européenne. Afin d'ouvrir le débat sur cette thématique je vous invite à lire cet article de Rue 89: "Réponses à ceux qui ne veulent pas de Turquie en Europe"

L'erreur à mon sens est de considérer comme le fait cet internaute la Turquie comme un Etat terre d'Islam, ce qui serait par un glissement hasardeux nourri de méconnaissance et de vues simpistes, une menace. Je ne nie pas que les mouvements de droite aient une "certaine idée" de l'Europe. Ce n'est pas celle que je partage et ce quel que soit ma position sur la question de l'entrée de la Turquie, qui est rappellons le, inévitable. Préparons donc l'intégration plutôt que de poursuivre des crispations identitaires par raccourcis et procès en défaut de patriotisme. 

Internet est une source de connaissance formidable profitons en et je vous incite à lire les articles de la documentation française au sujet de l'Europe et la Turquie . Un bel entretien croisé est à découvrir, avec Sylvie Goulard et Michel Rocard.

A lire également un dossier spécial copieux sur La Turquie est elle Européenne de l'Institut Européen de Recherche sur la Coopération Méditerranéenne et Euro-Arabe.

Enfin, Jean Michel Demetz dans l'Express donnait dans un article Pour ou contre la Turquie dans l'Union de 2004 quelques clés pour comprendre les enjeux de ce débat. Article clair, ouverte et serein sur cette question cruciale. 

 

Commentaires

Merci beaucoup pour tous ces liens; ce débat est passionnant et très difficile à trancher. Je suis d'accord sur le besoin d'une intégration dans l'UE, mais très lente, en accord avec les progrès réalisés sur le terrain par la Turquie:
- à Chypre;
- au Kurdistan, avec le respect dû aux minorités en accord avec les conventions européennes;
- pour la stabilisation de ses frontières;
- pour la création d'alternances politiques stables;
- pour l'adoption complète de l'acquis communautaire, surtout en matière de séparation des pouvoirs et de contrôle civil total sur les forces militaires; mais aussi en termes de capacité d'absorption des forces économiques européennes surtout en matière d'industrie et agricole;
- sa coopération au sein de la PESD / PESC (bien plus importante que pour les autres Etats membres compte tenu du positionnement géopolitique de la Turquie).

Bref, les conditions d'adhésions pour la Turquie seront en effet plus difficiles que pour les autres Etat, mais c'est un pays d'une taille considérable (le même problème se posera avec l'Ukraine), des frontières dangereuses qui pourraient entrainer l'ensemble des Etats de l'UE et de l'OTAN dans une guerre, dont la stabilité politique et sociale ne sont pas encore assurées, de même que le droit des minorités, et qui n'a pas réussi à normaliser ses relations avec l'ensemble des pays membres de l'UE (ce qui n'est pas de bon augure). Rien à voir, ni de près, ni de loin, avec la religion (ce faux-problème se présentera aussi pour le Kosovo et l'Albanie le moment venu).

Ecrit par : ArnaudH | 07.05.2008

Bonjour,

Je suis nouvelle sur votre blog, mais me permets néanmoins
de laisser un commentaire.

(..) " l'entrée de la Turquie est inévitable ( sic ?)".
Pourquoi donc ? D'autre part, si l'on considère que l'UE procède d'un fonctionnement démocratique, peut-être serait-il judicieux de consulter les peuples ?
Ou alors il faudra adhérer au propos sans concession de M.
Bukovsky..

Ecrit par : ipomea | 07.05.2008

Pour info extrait de la présentation du dernier livre d'Alexandre del Valle: Le Dilemme Turc

"Bien que la Turquie refuse toujours de reconnaître la République de Chypre et occupe le nord de l’île, soit une partie de l’Union européenne, les chefs d’État de l’UE, Tony Blair en tête et la Commission de Bruxelles, s’apprêtent à ouvrir les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Europe, le 3 octobre 2005, ainsi que cela avait été convenu lors du sommet de Bruxelles du 17 décembre 2004. Il est vrai que la Grande Bretagne, qui préside l’Union depuis le 1er juillet 2005, a fait de l’adhésion de la Turquie dans l’Europe l’une de ses priorités, en dépit même des réticences grandissantes formulées ces derniers mois par la France, la Grèce, Chypre et l’Autriche. Quoi qu’il en soit, rien n’est irréversible et le débat sur la Turquie dans l’Europe ne fera de toutes façons que commencer après l’ouverture de négociations que l’on sait d’avance longues et difficiles."Il est vrai que plus que tout autre nouveau candidat à l’entrée dans l’Union européenne, la Turquie pose à l’Europe un réel problème existentiel : étant donné que la Turquie n’est pas européenne, ou du moins qu’il s’agit du premier Etat candidat dont l’européanité est plus que discutée, la candidature turque oblige pour la première fois l’UE à se poser de vraies questions géopolitiques concernant son identité, ses limites géographiques et civilisationnelles, son avenir, son développement et son projet.
Le débat relancé sur la Turquie dans l’Europe est également une formidable occasion offerte à ce pays, pont entre l’Orient et l’Occident, pour faire le point sur lui-même, sur son identité, ambivalente et complexe.

Car la Turquie est fondamentalement un pays déchiré, entre, d’une part, un Ouest prospère et une élite occidentalisée adhérant plus ou moins à l’idéologie officielle laïque héritée du Kémalisme, puis, d’autre part, un Est-anatolien islamo-asiatique majoritaire, tourné vers le Moyen-Orient. Ces « deux faces de Janus » de la Turquie ayant toutes deux voté pour un parti politique islamo-conservateur, durablement ancré dans la vie politique du pays depuis 2002 et issu d’un mouvement islamiste radical en progression constante depuis les années 80...

Dans le contexte international de la lutte contre le terrorisme islamiste, et après les terribles attentats de Madrid puis de l’été 2005 à Istanbul, à Londres et à Charm al Cheikh, cette Turquie à la fois candidate à l’UE et de plus en plus sensible aux sirènes de l’islam politique, ne cesse d’inquiéter non seulement les opposants à sa candidature et les Européens en général, mais aussi les forces vives militaro-kémalistes qui craignent que les Islamistes utilisent les réformes démocratiques européennes dans le but de démanteler les derniers freins à l’islamisation que sont les prérogatives politiques de l’armée et les structures du kémalisme.
Tenant compte à la fois de cette inquiétude légitime et des aspirations contradictoires des milieux politiques turcs rivaux (islamistes tactiquement pro-européens versus kémalistes-militaires de plus euro-sceptiques), Alexandre del Valle et Emmanuel R azavi s’attachent à présenter dans ce nouvel essai un tableau concret de la Turquie, vue par elle-même, dans tous ses contours et en dehors des sentiers battus du politiquement correct ou du romantisme orientaliste : celui des élites prestigieuses et des universités tournées vers l’Occident et la démocratie, mais aussi celui d’un pays qui continue de nier le génocide arménien, qui rechigne à accorder des droits équitables aux minorités non-musulmanes, lesquelles placent de ce fait tous leurs espoirs dans l’Europe, et qui a du mal à allier respect des droits de l’homme et démocratisation. Une nation fière, au nationalisme intransigeant, qui demeure ancrée dans ses traditions anatoliennes, et dont la population se sent souvent plus proche des pays islamiques que de l’Europe chrétienne, la grande mode actuelle étant au retour de «l’ottomanisme».

Au réalisme argumenté des réflexions géopolitiques d’Alexandre Del Valle, spécialiste reconnu, s’ajoute le regard journalistique d’Emmanuel R azavi. Les reportages et les observations sur le terrain sont alimentés par des témoignages précieux d’hommes politiques, intellectuels, et de minorités turques, rarement présentes dans le débat.
Une analyse sans concessions de la Turquie, telle qu’elle est en 2005 !"

Alexandre Del Valle est chercheur en géopolitique. Il collabore régulièrement à de nombreuses publications et est l’auteur de plusieurs essais traitant de relations internationales, dont le très remarqué Totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties, Syrtes, 2000, et La Turquie dans l’Europe, un cheval de Troie islamiste, Syrtes, 2004.

Emmanuel R azavi est journaliste. Il collabore avec Paris Match, le Fig mag et Valeurs Actuelles en tant qu’envoyé spécial au Moyen-Orient. Il a été nominé pour le prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre, à propos d’un reportage sur l’Afghanistan et Ben Laden.

Ecrit par : Louis | 07.05.2008

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