02.07.2008
Découvrir Emily Dickinson
Considérée aujourd’hui comme l’un des plus grands poètes américains, Emily Dickinson n’eut pas droit à la reconnaissance littéraire de son vivant. Presque absente de la scène littéraire, elle fut également peu présente dans le théâtre de la vie.
Son champ d’expérience fut limité, puisqu’elle ne s’éloigna d’Amherst que pour passer une année au collège de Mount Holyoke à South Hadley ou lors de rares séjours, à Washington ou à Boston. Il semble donc qu’elle n’ait guère quitté le cercle de cette petite communauté puritaine de Nouvelle-Angleterre, ni franchi le seuil de la maison familiale où elle disait tant se plaire – entre son père juriste et homme politique, admiré et craint, et sa mère plus effacée ; entre sa sœur Lavinia, qui ne partit jamais non plus et son frère Austin, installé dans la maison voisine avec sa femme Susan, amie de cœur de la poétesse.
Le choix d’un certain retrait du monde livre un signe essentiel : la mise à distance, l’ironie. Mais, à certains égards, ce retrait fut peut-être moins absolu qu’il n’y paraît : tout en se dérobant au monde, au mariage, elle adressa des lettres passionnées à divers correspondants masculins. La fin de sa vie fut marquée par des deuils répétés (son père en 1874, sa mère en 1882, son neveu Gilbert, mort à l’âge de huit ans en 1883, Otis P. Lord en 1884). Secrète et expansive, grave et moqueuse, discrète mais audacieusement libre, sa personnalité est aussi complexe que l’espace réel de son expérience fut restreint.
Selon Adrienne Rich “le génie se connaît toujours lui-même : Dickinson a choisi sa réclusion parce qu’elle savait ce qui lui convenait”. Ce choix d’artiste lui a permis de vivre en lisant et en écrivant : en lisant la Bible, Shakespeare et Dickens, ou encore Emerson, Hawthorne et Melville, et en écrivant, de l’âge de vingt ans jusqu’à sa mort 1775 poèmes.
Car l'adieu c'est la nuit, Emily Dickinson, NRF Gallimard, poésies.
00:07 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : emily dickinson, poésie, car l'adieu c'est la nuit.
01.07.2008
La maison du retour

Dans une fusion totale, presque païenne, avec la nature dont il a tant été privé, le narrateur campe au milieu des travaux, se délectant de cette atmosphère transitoire propre à la convalescence, cet entre-deux qui sépare confusément la fin de l'épreuve du retour au monde des vivants. Défilent une galerie de personnages inégalement pittoresques : deux ouvriers discrets et énigmatiques, l'indéfinissable agent immobilier, un architecte pressé, les voisins qui conseillent, émettent des jugements, l'épouse du narrateur qui passe chaque week-end et attend avec stoïcisme la fin des travaux... Dans un court épilogue situé en 2004, l'auteur nous dit ce qu'est devenue la maison de la résurrection tout en tentant de répondre à la question subsidiaire : la maison l'a-t-elle guéri ?
Dix-huit ans après, à travers l'histoire des Tilleuls, Jean-Paul Kauffmann peut enfin revenir sur sa captivité. Mais avec élégance il a choisi de se garder le plus souvent de l'esprit de sérieux. Jamais complaisant ou victimaire, c'est au contraire un joyeux témoignage sur son amour de la vie, sur son optimisme qui a résisté à toutes les épreuves.
23:54 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jean paul kauffmann, livre, la maison du retour, nil.
Journal de guerre
Déposition Journal de guerre 1940-1944 De 1940 à 1944. Né à Remiremont et ami de Saint Ex', Léon Werth oublié dans l'après guerre, est retrouvé depuis quelques années. A juste titre parce que ses livres sont justes.
Réfugié dans les Vosges, Léon Werth vit l'Occupation un stylo à la main, et rédige Déposition, son journal de résistance personnelle. Il livre ici un document capital pour comprendre ce que furent vraiment ces années sombres de l'Histoire. Précises, graves et d'un humour féroce, ces pages attestent un refus de la fatalité, et demeurent d'une extraordinaire modernité.
Un extrait de ce journal au mois d'Avril 42:
« Il me revient sur Pétain une anecdote, qui, si je m’en étais souvenu plus tôt, m’eût épargné beaucoup d’inutile psychologie. Peu d’années après la guerre de 14, le sculpteur Brasseur avait eu la commande d’un monument commémoratif pour je ne sais quelle ville du Nord. On en montra la maquette à Pétain : un groupe de soldats et un officier. « C’est beau, dit-il, mais il faut faire l’officier plus grand que les hommes. »
Léon Werth, Déposition, extraits, Points, 2007, 7€
23:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : léon werth, journal de guerre, 40-44, pétain.
La France Morcelée
Jean-Pierre Le Goff, philosophe de formation et sociologue au laboratoire Georges Friedmann (Paris I-CNRS), préside le club Politique Autrement qui explore les conditions d'une renouveau de la démocratie dans les sociétés développées.
Nouveaux conflits du travail dits de "harcèlement moral ", émeutes dans les banlieues, refus du CPE, mouvements sociaux des salariés du secteur public, résultat du référendum sur le projet de Constitution européenne, élection présidentielle, exercice du pouvoir selon les techniques de communication et de management... Ces événements ont fait apparaître, chacun à leur manière, des fractures et des conflits dont Jean-Pierre Le Goff souligne la nouveauté irréductible. Le divorce entre gouvernants et gouvernés oblige à retracer l'évolution des élites depuis l'après-guerre. La modernisation de la fonction publique produit des effets de déshumanisation du travail et de désorientation. Les émeutes dans les banlieues et le mouvement anti-CPE mettent en lumière la difficulté nouvelle à assumer le rapport de solidarité entre générations suite aux mutations du rapport adultes-jeunes - bien différentes de celles qui furent révélées par Mai 68. Le harcèlement moral, quant à lui, prend une importance sans précédent dans une période où le désarroi conduit, faute des médiations traditionnelles, à se dire individuellement victime et à demander réparation à la justice. Une décomposition historique et une mésestime de soi qui affectent en profondeur les rapports sociaux et les institutions. La France de Nicolas Sarkozy est une France morcelée.
La France Morcelée, Jean Pierre Le Goff, folio actuel, 2008.
23:31 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jean pierre le goff, livre, france, crise sociale.
25.06.2008
Les mythes nous sauvent
Une scène du film français de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub, "Ces rencontres avec eux" d'après les Dialogues avec Leuco de Cesare Pavese.
Il faut parfois faire cesser la toupie des activités et du temps pour s'apaiser à la lecture. Détour avec Cesare Pavese et son plus beau livre, Dialogues avec Leuco.
Il aurait eu cent ans cette année, Cesare Pavese est un auteur complexe à (re) découvrir. Les dialogues avec Leuco, ont été conçus, dit Pavese dans son Journal, près du sanctuaire de Crea, à Serralunga où l'auteur était allé se réfugier pendant la guerre.
A partir de ses propres mythes, Pavese part à la découverte des mythes du genre humain tout entier. Les Dialogues reflètent son propre dialogue avec lui-même, sa propre division intérieure et le paysage de la mythologie n'est autre que le paysage de son enfance.
Le Taygète, l'Erymanthe, ce sont les collines de Reaglie remontant aux origines de l'espèce, c'est à dire aux mythes, Pavese s'est efforcé de trouver une explication à la tragédie humaine. Toute sa vie, il a persevéré dans cette recherche, en se servant de l'ethnologie et de la psychanalyse. Il en est arrivé ainsi à la conviction qu'un destin inéluctable pesait sur l'homme.
Les Dialogues avec Leuco mettent en scène des personnages de la mythologie qui s'entretiennent sur les sujets les plus variés: la loi des dieux, le désir, la passion maternelle, la mort des dieux, le souvenir, le destin, la condition humaine, la lassitude de vivre, le sang répandu, la mort...
Pavese attachait une grande importance à ce livre et le considérait comme son oeuvre la plus importante. Il l'emporte dans sa valise quand il part pour l'hôtel où il se suicidera. Et on trouvera l'exemplaire sur sa table de nuit ouvert à la première page avec ces mots: "Je pardnne à tout le monde et je demande pardon à tout le monde. ça va? Pas trop de bavardages, s'il vous plait."
09:15 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mythes, dialogues, cesare pavese, littérature.
22.05.2008
Trois leçons sur la société post-industrielle
"La société industrielle liait un mode de production et un mode de protection. Elle scellait l'unité de la question économique et de la question sociale. La "société post industrielle", elle, consacre leur séparation et marque l'aube d'une ère nouvelle. Daniel Cohen analyse ici les ruptures qui ont conduit le capitalisme du XXI ème siècle à la destruction méthodique de cet héritage: innovations technologiques, révolution financière, transformations des des modes d'organisation du travail, mondialisation des échanges...En examinant les logiques à l'oeuvre dans ces bouleversements, ces trois leçons aident à comprendre les défis du monde à venir."
Daniel Cohen est professeur de sciences économiques à l'Ecole Nationale Supérieure et directeur du Centre pour la Recherche Economique et ses Applications (CEPREMAP). Il est également membre du Conseil d'analyse économique auprès du Premier Ministre et éditorialiste associé au journal Le Monde.
- Article en lien sur Agora Vox
- La société à l'aube du XXI ème siècle sur Canal U
- Blog d'Hugues Bernard. Notes sur la conférence de Daniel Cohen au Collège de France et bibliographie.
- Notes de lecture sur les "cinq ruptures fondamentales"
- Blog (non actualisé) de Daniel Cohen
10:20 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : daniel cohen, livre, société post industrielle
11.05.2008
Les démocraties européennes, approche comparée des politiques nationales
Les démocraties européennes, approche comparée des systèmes politiques nationaux. Ouvrage dirigé par Jean Michel De Waele, professeur de science politique, directeur du CEVIPOL et Paul Magnette, professeur de science politique à l’Université Libre de Bruxelles. L’Europe vient de connaître une vague de démocratisation sans précédent. Désormais, la quasi-totalité des Etats du continent appartiennent à la catégorie des « démocraties libérales ». L’Union Européenne et son fort pouvoir d’attraction ont joué un rôle essentiel dans ce processus. Peut-on pour autant parler d’un modèle européen de démocratie ? Et que dire des derniers entrants ? Ont-ils fait naître de nouveaux modèles ? Dans une démarche comparatiste originale, les auteurs analysent successivement les régimes politiques des 27 Etats membres. Adoptant une grille de lecture identique pour chacun des pays, ils en présentent le fonctionnement : les rapports entre exécutif et législatif, le système partisan, l’organisation territoriale et les pouvoirs locaux, ainsi que les grands débats contemporains. C’est de cette politique comparée et de sa parfaite connaissance que naîtront sûrement les réformes futures de l’Union.
00:55 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
L'Obscénité démocratique
L’Obscénité Démocratique par Régis Debray. « Non ce n’est pas la démocratie qui est obscène ! C’est la scène républicaine qu’il faut sauver de l’obscénité, au moment où la politique devient le tout-à-l’égo d’un pays en proie aux tyrannies de l’audimat, de l’émotif et de l’intime » Collection Café Voltaire. Editions Flammarion. 12€00
00:53 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Mai 68, l'héritage impossible
Mai 68, l’héritage impossible par Jacques Le Goff. Mai 68 est sans conteste l’événement social et culturel le plis important qu’ait connu la société française depuis la seconde guerre mondiale. Et pourtant plus de trente ans après, il est toujours très loin d’être assumé en tant que tel : à la différence d’événements historiques antérieurs, l’héritage de 68 reste aujourd’hui impossible. Pour comprendre les effets souterrains considérables de Mai dans la société contemporaine, il faut revenir sur son utopie première et sur son échec, sur ces années où la passion des soixantes-huitards s’est investie massivement dans un gauchisme aux mille facettes. A ceux qui ont vécu Mai 68 comme à ceux qui sont nés depuis, l’auteur veut faire partager cette conviction : pour dépasser aujourd’hui l’individualisme irresponsable qui nourrit l’air du temps, pour retrouver les voies d’une passion démocratique, il importe d’assumer enfin de façon critique l’héritage de Mai. L’ambition de ce livre est de contribuer à cette nouvelle et nécessaire mutation.
Jacques Le Goff, philosophe de formation et sociologue est également l’auteur aux éditions de La Découverte , de Le mythe de l’entreprise et la Barbarie douce qui ont rencontré un grand succès, ainsi que La Démocratie post-totalitaire (2002). Editions de la Découverte. 13€50
00:51 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Les classes moyennes à la dérive
Les classes moyennes à la dérive. Un essai de Louis Chauvel. Privilégiées ou condamnées ? les classes moyennes ne connaissent certes poas les difficultés des périphéries les plus déshéritées (pauvreté, exclusion, relégation,…). Mais leur apparent confort dissimule un cruel déficit d’avenir. Tandis que nous nous inquiétons de ses marges, c’est peut être en son sein que la société française se désagrège. Où est ce cœur ? Il ne s’agit pas seulement d’un « juste milieu » entre élite et les classes populaires. La centralité des classes moyennes tient d’abord à l’imaginaire de progrès et d’émancipation qui leur fut longtemps associé et dont témoignent les grandes conquêtes sociétales des années 1950-1970 : propriété du logement, départs en vacances, acquisition d’une automobile, contraception, accès à l’université, etc. C’est cet imaginaire qui s’effondre aujourd’hui. De même qu’elles associèrent les autres à leurs succès, les classes moyennes les entraînent à présent dans leur difficultés. Leur dérive pourrait devenir un cauchemar pour tous.
Louis Chauvel est sociologue et professeur à Sciences-Po. Egalement chercheur à l’Observatoire des conjonctures économiques (OFCE) et à l’Observatoire sociologique du changement (OSC), il est aussi membre de l’Institut Universitaire de France. Spécialiste des inégalités et des dynamiques générationnelles, il est l’auteur du Destin des générations (PUF 1998). Collection La République des Idées, dirigée par Pierre Rosonvallon et Thierry Pech. Editions du Seuil. 10€50.
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